Louis Calaferte 10. May 2005, 11:22

L'essentiel est bribe d'un rien saisi par la conscience
Louis Calaferte
Dix ans après la disparition de Louis Calaferte, les Editions Gallimard rééditent No Man's Land, originellement publié en 1963, à la suite du brûlot Septentrion par Maurice Nadeau (mon Dieu ne louera-t-on jamais assez cet homme !) et devenu depuis indisponible, ainsi qu'un inédit, Les Fontaines Silencieuses et Circonstances, une réédition des CARNETS, XI édités en 1989.
Je serais tenté de dire, alors que je viens de fermer Les Fontaines Silencieuses, que lire Calaferte est oeuvrer à notre intime salut. Engranger encore ses témoignages si souvent insoupçonnés de l'être en quête, du paradoxe qui se méconnaît. Notre salut d'homme s'entend, ni religieux, bien que peut-être d'une forme particulière de mystique, ni social, car dans la finesse de ses mailles, l'écriture que l'on redécouvre dans Les Fontaines Silencieuses, par exemple, est celle de l'affirmation d'un retrait constant, d'un volontaire retranchement, d'une fuite qui prît des années à se fonder elle-même, en suivant les lents mouvements des navettes des Circonstances, qui sont destin, ou parachèvement de la trajectoire, elle même lutte - hors et contre. Notre salut de conscience et celui de nos volontés d'excellence. Envers nous-même et la rigueur de nos appréhensions de ce qui si abruptement souvent s'offre - les femmes - et de ce qui si promptement se refuse - ces mêmes femmes, et le monde, dans le coercitif et vil aplat de ses lois grossières ! Volonté supreme de déroger à la règle du fil habituel, peut-être se faire dérangement dans une continuité dont tout des témoignages reçus et des gestes anciens prouvent qu'elle ne saurait jamais se discontinuer. Noyé sous le normatif du monde, l'écriture de Calaferte nous lance à la fois le pari et le défi de ne pas imiter, d'être l'inadmissible.../... persistante révolte, fût-ce au-delà ou en deça, d'au coeur toujours garder "l'incision de l'enfance", qui peut-être saura, elle, nous sauver des martyrs que nous impose le réel. En ces époques d'imprécations consuméristes et de littératures kleenex convenues pour la plus large audience et baltringues des confessionaux médiatiques, temps du sacre perpétuel de la médiocrité, du couronnement de la norme insipide, du vulgaire de masse, de l'esprit vaincu par ses avatars mercantiles, de la vérole du loisir et du tout distractif, des bons sentiments, Calaferte et son écriture sont le singulier écart (de conduite), l'étrange traverse par laquelle nous devons nous perdre pour mieux apprendre à nous méconnaître, cet axe qui témoigne de notre perpétuelle inclination entre "l'incessamment détenu" et "l'incessamment exilé". Tous deux sont cette anormale pause sur l'élan d'un monde qui s'ils ne le nient de concert, y sont pour le moins indifférents, à l'aune de sa lente mais persévérante érosion, il sont le repli, l'intelligence de soi, la générosité de l'instant, une tangente traçée sur le flanc de l'émotion inépuisable, - ils sont l'exception, sans mélange, qui au monde "ne consent rien qui ne nous soit exactement conforme". Elle portera les tièdes à l'ignorer, les amants à partager pour parfois s'y rallier, - hommes du réel façonnés, passez vos chemin !
Calaferte est toujours aussi subversif qu'à l'époque de Septentrion, toujours aussi alternatif, il se moque des demi-teintes, érige la volonté de son intégrité comme la pavillon d'un intérêt supérieur à toutes autres considérations. Il peut toujours faire office de point de ralliement de certains, mais d'une manière autre, que l'âge a façonnée d'une plus de tendre résignation, de la volonté d'une plus singulière exception, d'un innocent étonnement, d'amertume mélancolique, finalement, très proches de ceux qui peuplent l'enfance - toujours chère à la plume calafertienne - de leur magie. En une heure de lecture à peine, Les Fontaines Silencieuses, devient un livre indispensable, que l'on se prend à vouloir serrer sur son coeur pour jamais plus qu'il ne nous quitte. Paix à l'âme.
dh3rm3@2005
Nous existons par bribes soudain imposées. Leur stricte liaison serait le bonheur ininterrompu, la béatitude - c'est à dire le non-vivre. Nous ne nous accomplissons que dans le creux des écarts. Nos oeuvres ne peuvent être qu'exceptions.
Louis Calaferte Les Fontaines Miraculeuses. [2005], 152 pages, Collection L'Arpenteur,Gallimard -ess. ISBN 2070772675. Parution : 20/01/05.
Bibliographie
Des millions d'hommes meurent de faim, l'injustice, l'obscurantisme sont partout; on arrête, on emprisonne, on déporte, on torture, on répand le sang, on diffuse le mensonge corrupteur, on entretient l'analphabétisme, on étouffe les idées généreuses, on anéantit les consciences - pendant ce temps là nos célébrités littéraires font de la littérature confortable, c'est-à-dire du pur fumier, se prostituant au public de toutes les façons, notamment par l'intermédiaire de cette entreprise de décérébration qu'est notre actuelle télévision. Entre gens de bonne compagnie, on brode sur des idées usées - mais ce qui compte aujourd'hui, c'est la faim dans le monde, la non-culturisation des masses, la pollution de la nature par l'abus chimique, la démographie anarchique, les menaces de l'arsenal nucléaire. Le reste, madame, on s'en fout ! Louis Calaferte (Droit de Cité)


Louis Calaferte
Durant mon cursus universitaire (erratique !); j'ai eu l'occasion de pouvoir consacrer ( merci à l'honorable professeur qui m'a laissé champ libre !) quelques lignes ( que je trouve aujourd'hui trop trop succintes et trop polissées, mais diable que le temps passe .. ) à ce romandu flux et du reflux, de l'extase et de la vie.
Même si j'en ai souvent eu l'intention, je n'ai pas retouché à ce que j'avais écrit à l'époque. Par manque de temps, mais surtout, en sachant que la meilleure chose à faire est de se procurer immédiatement un exemplaire de Septentrion. Voici donc ce que j'ai pu en dire, avec, je l'espère, l'excuse que vous m'accorderez, qu'il fallait décrocher l'examen, et conserver, comment dire, sa tempérance, face à un ouvrage qui initie le contraire !
Ecriture et Création dans Septentrion au format pdf ( 1.1 Mo)











Parutions 2005 Louis Calaferte
LES FONTAINES SILENCIEUSES
ARPENTEUR (L') . 152 pages - 18,00 €
«Je préfère à tout le travail - qui m'est sécurité d'esprit, exacte concordance à ma mesure, justification de mon moi - et, plus encore : plaisir.
Savoir en m'éveillant que je vais m'asseoir à ma table, voilà qui, chaque jour, me procure un contentement que le temps n'épuise pas. Cette hésitation, chaque fois, devant le papier que sa blancheur défend. La page remplie - ou, les mauvais jours, seule une phrase. Le soir, ce cahier refermé jusqu'au lendemain. Cette accumulation de vie au long des journées. Écrire est une grâce.»

LES FONTAINES SILENCIEUSES [2005], 152 pages, 130 x 215 mm. Collection L'Arpenteur, Gallimard -ess. ISBN 2070772675.
Parution : 20/01/05. Louis Calaferte
CIRCONSTANCES
ARPENTEUR (L') . 252 pages - 20,00 €
«Conviction de la nécessité supérieure de ce qui doit apparaître dans le monde par mon intermédiaire. Voilà qui, logiquement, est conséquence du principe de vocation. Il est exact que, pour aussi osé que cela puisse sembler, fréquemment, j'ai éprouvé le sentiment qu'en écrivant ou en peignant avec la brûlure intérieure de la passion Dieu lui-même était l'ordonnateur de ce qui, ainsi, se façonnait ; que Sa volonté, Ses desseins secrets m'avaient choisi comme traducteur. De là mon identité fondamentale, mon complet effacement devant l'œuvre accomplie ; sans doute aussi mon inégalable bonheur de créateur.»
CIRCONSTANCES (1989) (CARNETS, XI) [2005], 252 pages, 130 x 215 mm. Collection L'Arpenteur, Gallimard -memo. ISBN
2070772691. Parution : 20/01/05.
Louis Calaferte
NO MAN'S LAND
ARPENTEUR (L') . 224 pages - 18,00 €
«Marbre de Carrare. Esquisse des deux traits déclinants du slip sur le haut des cuisses. Mieux que si elle était carrément à poil. Impossible de ne pas évoquer, comme malgré soi, le petit chat qui dort à la jonction légère de ces lignes de lingerie. Cette putain de femelle est fabriquée pour attirer les queues aussi sûrement que l'aimant pour l'acier. Amplement charnelle. Carnée. Friande. Opale de chair pleine. Générosité du corps embouti d'une seule pièce de la tête aux pieds. Un temple moussu. Luxe de la peau. Ensemble de courbes planes, d'inflexions douces, chaînes de lentes spirales. S'allonger sur elle et le lui mettre doit vous laisser la sensation d'une descente en luge sur les contreforts lustrés. Elle est elle-même le centre d'une circonférence accomplie. Remplie. Bombée. Fait songer à un flux de vie bien portante. Aux images de toutes les bonnes choses de la volupté. Viande appétissante quand on a une faim de loup. Verre de vin moiré rubis fauve sur la nappe immaculée d'une table dressée en plein air au soleil qui rissole le liquide. Somnolence insouciante dans l'herbe fraîchement coupée, un brin d'érection qui se dessine à l'arrière-plan sur la corde des aigus...»
NO MAN'S LAND [2005]. Nouvelle édition, 224 pages, 130 x 215 mm. Collection L'Arpenteur, Gallimard -nouv. ISBN 2070772683.
Parution : 20/01/05.

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