Malcolm Lowry (1909-1957) - Under The Volcano 7. July 2007, 12:34

Bump & edit de l'article qui date de 2002
Lien vers la biographie de Gordon Bowker consacrée à Malcolm Lowry
Chambre d'Hotel à Chartres

Lowry
Que ce soit dit, car il faut être tout aussi clair que lucide, le monde est divisé, irréductiblement, d'une faille que rien ne comblera entre les êtres ou les coeurs qui les animent. D'égalité n'existe hélas que des gloses dont on peut toujours s'entendre qu'elles proviennent sans nul doute des voûtes humanistes de belles âmes, d'une fraternelle volonté mue depuis la nuit des temps d'un vieil ideal de compagnonnage pour la solitude se rendre moins mortelle et le gouffre vers lequel elle appelle combler, mais cela s'arrête là ; la réalité du monde en est un témoignage quotidien, notre conscience terrible, celle qui longtemps encore continue de fermenter après que la lecture de Malcolm Lowry a débuté le processus de distillation, est elle l'assurance de son déchiffrement, ainsi que le sceau qui parachèvera notre perte ultime à l'insouciance de l'espérance. Humanité divisée, la littérature l'est également, et presque, mimétiquement ou incidieusement, de la même manière, ségrégative. Pour ceux qui la font et pour ceux qui la lisent, la sentence, le verdict sont les mêmes, iniques, sans appel, irrémédiables : il y a ceux qui ont lu Malcolm Lowry, qui s'y sont frolés jusqu'à l'écorchure, et les autres. Tout est dit. C'est une injustice comme les autres. Une inégalité de plus. Tranchée et irréversible. L'Innommable de Beckett, dans l'incessant débit du verbe qui est bataille menée contre le néant, ou à ses côtés comme en un choeur, s'est immiscé en frontière entre les êtres pour que jamais l'ignorant ne sache, que le savant souffre, que le souffrant sache ce que l'ignorant ne perçoit.
Comme le proposait à juste titre Maurice Nadeau dans la préface de l'édition française du fameux roman de Lowry, il existe une étrange confrérie, celle des amis d' Au Dessous du Volcan. On en connait pas tous les membres et ceux-ci ne se connaissent pas tous entre eux, mais cette quasi loge - dans le sens maçonnique du terme - existe bel et bien, et souvent, elle est impitoyable, dédaigneuse, ou pour le moins méprisante envers les non-initiés. Pourtant nulle tolérance ou intolérance ne devrait être à l'ordre du jour lorsqu'on évoque l'oeuvre de Malcolm Lowry. La compassion. La commisération, tout au plus, pour qui n'a pas partagé et vécu en son âme intime les erratiques turpitudes que signifie la fréquentation du Consul et de son royaume de l'enfer. La pitié pour celui qui ne sait pas, certainement, ainsi encore qu'une vague et nostalgique envie pour cette virginité dont la défloration a fait se rompre, au final, tant de digues, que la submersion en devient presque probable, et parfois, l'évocation de l'avant, presque un plaisant aveuglement.
Clairement, Au-dessous du Volcan est un livre d'initiation. Il n'y en a pas tant, quoi qu'on veuille bien nous faire croire - ou pas d'ailleurs, puisque désormais peu importe la littérature ! Ulysse, Moby Dick, Au coeur des Ténèbres, Les Possédés, Le Bruit et la Fureur. Pour tout lecteur s'étant délibérement ou non, averti ou non, plongé dans Au-Dessous du volcan, étant parvenu à la fin et l'ayant immédiatement refermé tout en sachant que désormais rien ne jamais sera plus pareil, il y a bien évidemment un avant et un après Lowry. Peu de livres ont le pouvoir de changer l'humanité. La Bible. Le Capital de Karl Marx ont boulversé les modes civilisés. Comme je l'ai dit, Conrad, Joyce, Melville, Dostoievski, Faulkner ont eux assuré leur travail sur les âmes, en les anoblissant du drame essentiel de dire l'être et l'érosion constitutive dont il procède, ils ont ravagé le sol sur lequel l'espoir voulait enraciner l'âpreté de nos destins pour un autre envol, fait du matériau d'être une sombre roche volcanique qui conserve encore en elle les marques de l'éruption. Au-Dessous du Volcan, lui, demeure encore et toujours ce difficile challenge de l'âme que l'on contraint à s'affronter, sans retour possible ; son domaine est celui, incommensurable, de l'Homme supplicié à lui même, aux démons qui biaisent son appréhension de l'existence et éradiquent la possibilité de son salut, ou encore, selon la tradition grecque, qui se transcende à rebours dans l'inévitable de la tragédie. La brûlure du Mexique flamboyant et ses infernales puissances telluriques sont un autre beauté de cette symphonie ivre.
Rédigé quatre fois avant d'être finalement publié, Refusé une première fois, perdu une seconde, brûlé dans un incendie une troisième, l'aventure du manuscrit est elle même un errance et ce n'est que la quatrième version que le public put lire lors de sa parution en 1947, et dont il a récemment été donné aux lecteurs français une traduction nouvelle, assurée par Jacques Darras. Se voulant plus vulgarisatrice - la prose de Lowry n'est pas des plus simples - la première traduction assurée elle par Clarisse Francillon, avec la collaboration de l'auteur, demeure cependant à mes yeux la référence, lorsque l'idéal, bien sûr, demeure de lire le livre dans sa version originale.
A plusieurs réprises il m'est arrivé de chercher sur la toîle des sites se rapportant à Malcom Lowry, et elle n'en regorge pas à proprement parler, ce qui ne m'a pas étonné outre mesure. Il faut admettre que parmi les mythes de la littérature mondiale, Lowry tient une place à part. Il est à la fois suffisamment méconnu, mystérieux et sulfureux pour susciter les passions les plus vives et les plus radicales, mais également suffisamment complexe pour demeurer dans une certaine convivialité. Ce à quoi, m'est avis, il faudrait remédier bien vite. C'est la raison pour laquelle je mets en ligne ces quelques textes aujourd'hui pratiquement introuvables, en hommage et aussi, sûremment, par ce biais, dans une volonté de péréniser et transmettre, autant que faire se peut, ce qui aujourd'hui a tant de mal à exister, les mots et l'aventure qu'ils recèlent et signifient.

dh3rm3@2002 (review 2005)


Les textes qui suivent sont réunis dans la revue Les Lettres Nouvelles, dirigée par Maurice Nadeau du numéro de juillet - août 1960 et consacré à Malcolm Lowry. Ouvrage épuisé que j'ai déniché un jour chez un bouquiniste. Il présente plusieurs études de proches de Malcolm Lowry, dont Clarisse Francillon, et restent à mon avis essentiels pour une compréhension plus profonde de Malcolm Lowry.
Les autres textes sont issus de diverses notes introductives ou de préfaces, notamment celles rédigées par son traducteur actuel, Jacques Darras.


Malcolm Lowry
Les Lettres Nouvelles
Clarisse Francillon
Max-Pol Fouchet
Stephen Spriel
Anton Myrer
A Propos
Under the Volcano
Lunar Caustic
Ultramarine
Sombre Comme La Tombe Où Repose Mon Ami





Oeuvres





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